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​JOSÉE BÉLANGER, un modèle inspirant pour la relève féminine

Divers •

Joueuse de soccer professionnelle et olympienne, Josée Bélanger est la première Québécoise à marquer un but en Coupe du monde de la FIFA, lors d’une victoire  de 1-0 contre la Suisse à Vancouver en 2015. Ses efforts et sa détermination lui ont permis d’atteindre les Jeux olympiques de Rio en 2016 et de remporter la médaille de bronze, terminant ainsi sa carrière avec brio!

Ne faisant désormais plus partie de l’équipe nationale, Josée ne quitte pas son sport préféré des yeux pour autant. En effet, celle-ci désire s’investir pour contribuer à l’évolution du soccer féminin et faire bouger les jeunes. Elle a accepté de répondre aux questions du comité de l’Agri-Nouvelles tout en faisant un parallèle avec le milieu agricole. Nous vous souhaitons bonne lecture!

En premier lieu, nous voulions en savoir un peu plus sur votre lien avec le milieu agricole. Votre père est dans le milieu depuis longtemps, n’est-ce pas?

Je trouve la question très intéressante, parce qu’elle m’a permis d’en apprendre plus sur mon père! À l’époque où mon père habitait chez ses parents, ceux-ci étaient propriétaires d’une ferme porcine. C’était le premier contact de mon père avec le milieu agricole. Lorsqu’il avait 13 ans, et à la suite de la séparation de ses parents, la ferme a dû être vendue et il a commencé à travailler sur des fermes laitières. Cette expérience l’a amené à commencer une formation en production animale à l’école La Frontalière de Coaticook. Durant plus de 18 ans, il a travaillé dans plusieurs fermes, selon ses besoins ou l’avancement qu’il pouvait avoir dans le milieu, jusqu’au jour où il est allé travailler dans le domaine de l’installation d’équipement de ferme. Après quatre années dans le milieu, son côté ambitieux et fonceur l’a amené à mettre sur pied sa propre entreprise d’installation et de réparation d’équipement de ferme. À l’âge de 30 ans, soit le 20 avril 1992, le Service agricole Luke Bélanger a vu le jour. Mon père a d’ailleurs célébré les 25 ans de son entreprise en avril dernier. C’est dans sa nature d’aider les gens et il se démarque beaucoup par son service à la clientèle. L’agriculture a toujours été une grande passion pour lui. Sa vision est que sans elle, nous n’aurions pas accès à une aussi bonne alimentation.

Est-ce que vous avez pris part aux tâches  de l’entreprise familiale?

Quand j’étais très jeune, mon père aidait encore dans différentes fermes laitières. Je me rappelle y être allée quelques fois avec lui, mais puisque j’étais très jeune, mon rôle était principalement de donner le lait aux petits minous (rires). Lorsque mon père a bâti son entreprise, ma mère s’est rapidement jointe à lui à titre de comptable et servait les clients sur place, où la vente d’équipement et de pièces était effectuée. Il est venu un temps où comme premier emploi, je devais aider ma mère à l’intérieur du garage pour faire du ménage ou classer des pièces et des factures. Cet emploi n’avait pas nécessairement un très gros lien avec le monde agricole, mais il m’arrivait d’avoir des tâches plus physiques lorsque mon père avait besoin d’aide sur ses terres à bois. Les fins de semaines, j’aidais mon père à entretenir la terre, à couper et à ramasser les branches, et à couper le bois qui serait utilisé pour le chauffage. Par la suite, mon père a construit son érablière. Quand nous étions plus petits, mon père venait nous chercher à l’école primaire, mon petit frère, ma grande sœur et moi, et il nous emmenait à l’érablière. À cette époque, l’eau d’érable était recueillie à la chaudière. Un gros bassin était traîné par un tracteur, alors il fallait aller chercher chaque chaudière, la vider, la replacer et en reprendre une autre. Nous avons donc été initiés au travail par mon père, mais pas nécessairement directement dans les fermes.

Est-ce que votre expérience familiale de travail  a pu vous préparer à votre carrière sportive,  est-ce que vous avez vu des liens directs entre  les deux?

En fait, je dirais qu’indirectement oui, et ce, à travers différents aspects. Il est évident qu’en tant qu’enfant, tu préfères aller jouer au parc plutôt que de préparer le bois de chauffage, mais ce travail nous a permis d’être disciplinés très jeunes et de travailler fort. Et même si la motivation n’était pas toujours au rendez-vous, il fallait garder en tête que nous aidions les gens. Il y a aussi une grande partie des valeurs que mes parents nous ont transmises qui ont eu une influence sur ma carrière sportive. Nous devions aider notre père à faire des tâches ménagères dans la maison même si nous n’en avions pas  envie, et il est toujours demeuré important pour mes parents que tout le monde mette la main à la pâte. J’ai donc appris très jeune à être travaillante et disciplinée.

Dans ce sens, quelles sont les valeurs que  vos parents vous ont transmises qui vous ont  le plus aidée dans votre carrière?

Autant mes parents m’ont enseigné des choses, autant ils ont été un modèle pour moi. Il y a des valeurs qui ne s’enseignent pas nécessairement, mais dont tu es témoin en tant qu’enfant et qui t’inspirent. L’une des valeurs principales que j’ai pu avoir est d’être travaillante. Mon père me l’a souvent dit : il n’y a rien d’acquis dans la vie et il faut que tu travailles pour  obtenir ce que tu désires, et en bout de ligne le tout sera payant. Une autre valeur est la discipline, qui m’a permis de me donner les moyens de réussir. 

Quelles sont les qualités communes aux producteurs agricoles et aux athlètes olympiques?

Je fais vraiment le parallèle entre le monde de l’agriculture et le monde des athlètes. C’est un beau lien qui peut être fait puisqu’un athlète travaille 7 jours sur 7. Même quand tu as des journées de congé, tu n’es pas complètement au repos. Tu dois travailler sur ta préparation mentale, tu dois voir à de petits traitements pour guérir tes bobos, etc. Il faut également que tu t’assures de bien récupérer, et donc de bien manger et bien dormir. Les agriculteurs aussi travaillent 7 jours sur 7. Ils doivent effectuer la traite de leurs vaches, s’occuper de la ferme, etc. Mon père était disponible tous les jours de la semaine, c’est d’ailleurs ce qui l’a démarqué des autres. Il m’a enseigné que peu importe la fatigue, quand tu as un objectif en tête, tu fonces et tu persévères. Je terminerais ma réponse en disant que la passion est aussi une bonne valeur qui rejoint les producteurs agricoles et les athlètes, comme la passion que mes parents ont toujours eue envers ce qu’ils font, pour aider les gens. C’est une valeur qui me suit quand je me lève le matin et quand à travers les obstacles, j’ai envie de persévérer parce qu’au bout de la ligne, j’ai vraiment un objectif qui me tient à cœur. Et sans cette passion-là, je ne crois pas que mes parents seraient là où ils sont aujourd’hui. Tout comme moi, sans la passion que j’ai envers mon sport. Je ne crois pas que j’aurais été capable de surmonter tous les obstacles qui ont été sur ma route pour me rendre jusqu’aux Olympiques si je n’avais pas été passionnée par le soccer.

Avez-vous déjà pensé gagner votre vie en  agriculture comme plusieurs personnes dans votre entourage?

Malgré le fait que ma mère a toujours été à l’écoute et qu’elle me soutenait, elle me mettait moins au défi que mon père. Je ne viens pas d’une famille très sportive. Je suis un peu le mouton noir de la famille (rires). Mes parents m’ont soutenue, et ce, à tous les niveaux. Par exemple, quand je suis allée faire la sélection de l’équipe du Québec qui se passait à Montréal, cela demandait beaucoup d’implication de la part de mes parents au niveau du transport. Il y a même une année où j’ai dû refuser d’aller à Montréal parce que je n’avais pas le transport dont j’avais besoin – j’étais la seule dans ma région! L’année suivante, nous étions plusieurs, alors j’ai eu accès à du covoiturage. Par contre, lorsque tu te rends à des niveaux supérieurs, il y a moins d’athlètes qui percent et mes parents ne voulaient pas me retirer parce qu’ils voyaient comment je performais, et que j’avais du plaisir et que je fonçais. Mes parents ont vraiment dû s’adapter, même s’ils n’étaient pas capables de me conduire à tous mes entraînements et matchs. Il y a eu un mois où mon père me conduisait à Montréal deux à trois fois par semaine. En semaine, il se levait à 4 h 30 du matin pour aller au travail et il terminait sa journée un peu plus tôt pour aller me chercher. Nous allions à Montréal pour ma pratique de soccer, nous revenions à minuit et le lendemain, il se relevait à 4 h. Quand j’ai eu 18 ans, mon père m’a dit : « Là, Josée, il serait temps que tu travailles! » Pour lui, le sport n’était pas un débouché vers l’emploi, mais plus un loisir. Alors il me disait : « Mais qu’est-ce que tu veux faire dans la vie? » Et je lui disais que je voulais jouer au soccer! Et il me répondait : « Mais non, je ne te parle pas de ta passion, là, je te parle de ton travail, de ce qui va te faire gagner de l’argent ! » Et je lui répondais : « Mais c’est ça, Papa, je vais être une joueuse de soccer professionnelle! » Il n’était pas du tout convaincu que ce métier-là existait, mais j’insistais sur le fait que même si cela n’allait pas être facile et qu’il n’y avait pas beaucoup d’opportunités, j’allais y arriver. Ça démontre aussi un peu mon côté ambitieux et déterminé. Mon père en est très fier aujourd’hui ! Il y a des années où il a douté de mes décisions parce que pour lui, il était important de travailler. Il me disait souvent : « Josée, lâche le soccer, je vais te montrer c’est quoi la job d’une vendeuse d’équipement de ferme. » Mais je lui répondais que ce n’était pas cela qui me passionnait. Ma passion était le soccer, je voulais repousser mes limites, j’avais un rêve… Celui d’aller aux Jeux olympiques. À plusieurs reprises, mon père a tenté de me convaincre de travailler pour l’entreprise familiale avec ma mère, ma sœur et mon frère. Je lui répondais que ce qui me passionnait était l’activité physique. Je lui ai même offert d’ouvrir une salle d’entraînement dans le garage et de prendre soin de la santé physique de ses employés... mais le projet n’a pas passé (rires). Les employés travaillaient déjà assez physiquement, ils n’avaient pas besoin de s’entraîner en plus. En résumé, oui, dans le fond du cœur de mon père, il aurait vraiment aimé ça que je me joigne à l’entreprise et que nous soyons tout le monde ensemble, mais il a accepté et compris que ma volonté et ma passion sont différentes. Je n’y travaille pas et je n’y travaillerai pas non plus puisque j’ai étudié en kinésiologie, et c’est ce qui me passionne : aider à la santé physique des gens.

Est-ce que vous avez trouvé un emploi dans  le domaine de la kinésiologie?

Mon conjoint a sa propre entreprise; il possède un gym de CrossFit. Depuis ma retraite du soccer, j’ai commencé à m’entraîner à temps plein en CrossFit pour devenir entraîneuse. Je m’occupe aussi de la partie administrative. 


Puisque vous vous entraînez beaucoup,  est-ce que vous avez déjà pensé participer  aux crossfit games?

J’aimerais beaucoup y aller, mais je crois que c’est irréaliste pour le moment. Puisque je suis une athlète de soccer depuis longtemps, il est plus facile pour moi de m’adapter à la charge de travail et au mode de vie d’une athlète en CrossFit. Je progresse super vite, mais il y a quand même plusieurs mouvements plus techniques auxquels je dois m’adapter. J’ai beaucoup de force en ce qui concerne les mouvements d’explosivité, ce qui provient du soccer, mais il y a beaucoup de mouvements de gymnastique à apprendre. En fait, mon côté compétitif ressort de sorte que je veux me rendre au plus haut niveau possible dans chaque chose que je fais. On verra si je peux me rendre au niveau régional. Présentement, je fais de petites compétitions mais j’aime vraiment le CrossFit. C’est une belle discipline qui m’amène à dépasser mes limites chaque jour et qui me donne ce sentiment de bien-être  lorsqu’on se sent plus fort... On verra où cela me mènera!

Est-ce que votre projet d’ateliers de  perfectionnement de soccer pour les jeunes  filles s’est concrétisé durant l’été 2017?

Oui. En fait, il y a deux grandes missions à l’École de soccer Josée Bélanger. Premièrement, qui aurait pensé qu’un jour, qu’une jeune Coaticookoise francophone aurait franchi les différents niveaux pour se rendre aux Jeux olympiques et même revenir avec une médaille ? C’était ambitieux de penser que le tout était réalisable mais pourtant, en mettant les efforts nécessaires, j’y suis arrivée ! Donc, la première mission est de démontrer aux jeunes filles qu’elles peuvent rêver grand! Si elles ont de grands rêves, il faut qu’elles y croient et qu’elles se donnent les moyens parce que tout est possible ! Également, je fais un lien avec ma formation en kinésiologie; avoir un mode de vie actif est très important. Les statistiques démontrent que les jeunes filles entre 12 et 14 ans commencent à quitter le sport. Il était important pour moi, à travers ma journée de soccer au féminin qui a eu lieu en juillet 2017, d’être un modèle autant pour les jeunes filles qui osent rêver et pour celles qui partagent mon plaisir de jouer au soccer. Je voulais qu’elles repartent de la journée motivées et enthousiastes à l’idée de continuer à pratiquer le sport qu’elles aiment, peu importe le niveau. C’était une journée amusante pour célébrer le soccer au féminin à travers des ateliers techniques. Des sous-groupes ont été formés selon l’âge, les niveaux et les raisons pour lesquelles les filles étaient présentes. Il y avait quatre autres entraîneuses avec moi qui ont joué au niveau universitaire et qui ont participé aux championnats du monde universitaire, et d’autres qui se sont plus dirigées vers le coaching du soccer féminin. Je trouvais intéressant de pouvoir offrir aux jeunes différentes perspectives, différentes histoires auxquelles elles pouvaient se rattacher. Il y a eu une seule journée de soccer au féminin, puisqu’il y a eu un délai entre l’annonce de ma retraite et la mise en place du projet. Mon objectif serait de reproduire cette journée à travers le Québec à l’été 2018. Symboliquement, j’aimerais que la première journée soit à Coaticook, là où tout a commencé pour moi. J’aimerais par la suite me déplacer dans différentes régions à travers la province. La planification se fera aussi selon la demande et selon mon horaire et mes disponibilités, mais chose certaine, je désire vraiment continuer à offrir des journées de soccer au féminin aux jeunes Québécoises.

Auriez-vous un message précis à transmettre  aux jeunes joueurs et joueuses de soccer?

En premier lieu, je leur dirais de travailler fort, d’être passionnés et déterminés, et de persévérer tout en ne s’éloignant pas de la notion de plaisir que l’on retrouve dans le sport. Il est certain que ce ne sont pas tous les athlètes qui commencent avec les qualités requises, mais tout s’apprend. C’est avec la répétition et le travail ardu que le talent et les qualités se développent et que nous pouvons progresser comme athlètes. Une fois que les différentes petites tempêtes sont passées, les résultats arrivent!

Lorsque vous comparez la place des femmes dans  le sport et la place des femmes en agriculture, est-ce que vous voyez une similitude?

Si on regarde la progression du soccer féminin, il y a beaucoup plus d’opportunités de jouer au niveau professionnel qu’il y a dix ans. Il y a plus d’argent investi dans le soccer féminin, donc le sport est rendu plus accessible. Mais reste qu’il y a encore du travail à faire. Du côté médiatique, il y a davantage de visibilité pour le sport masculin que pour le sport féminin. Nous devons encore faire valoir le sport au féminin. Puisque je ne connais pas beaucoup le côté agricole, je ne peux me prononcer sur le sujet, mais il est évident que les hommes et les femmes sont différents. Tant au niveau psychologique qu’au niveau physique. Il y a quand même des généralités dans les différents milieux professionnels faisant en sorte que les femmes peuvent sentir qu’elles ont leur place, qu’elles sont respectées et qu’elles ont la possibilité de développer leur sentiment d’appartenance.

 

Vous êtes ambassadrice pour le café barista; quelles sont les raisons qui vous ont motivée  à collaborer avec cette entreprise?

À vrai dire, je suis une passionnée de café, J’ADORE le café! Le lien est arrivé par hasard puisqu’un de mes amis m’a présentée à Alex Sereno, qui est l’un des propriétaires de l’entreprise. J’ai donc eu la chance d’aller visiter ses installations. Dès notre premier contact, j’ai trouvé qu’Alex était une personne vraiment inspirante par sa passion et ses ambitions. Il a su bâtir son entreprise de micro-torréfaction et il est impliqué dans le sport comme entraîneur en triathlon. Il a même entraîné une athlète qui s’est rendue aux Jeux olympiques de Londres en 2012. Tout ça pour dire qu’il a agrandi son champ de compétences et sa volonté d’aider les gens. Dans son entreprise comme dans le sport, on doit investir du temps, des efforts et de la rigueur pour atteindre ses objectifs, point de vue que je partage.


 

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