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Peste porcine africaine : les leçons apprises

Porc •

Ces dernières années, nous aurions pu croire que la diarrhée épidémique porcine était la principale maladie qui aurait un impact majeur à long terme sur la production porcine. Cependant, il est désormais évident qu’un autre agent pathogène s’est approprié ce rôle ! La peste porcine africaine (PPA) est devenue l’enjeu le plus important pour la production porcine au cours des deux dernières années. Il est clair que nous ne sommes pas près d’en avoir fini avec ce problème.

Après le début de sa propagation en Russie, le virus s’est déplacé lentement, mais de façon continue vers les pays européens. Pourtant, l’Europe avait éradiqué cette maladie il y a plusieurs décennies; nous devons réfléchir aux raisons qui expliquent qu’elle ait réussi à s’introduire à nouveau dans la production porcine européenne et aux façons qu’elle a eues de le faire. L’Europe possède une vaste expertise dans la gestion de cette maladie et a observé son rapprochement progressif pendant plusieurs années; malgré cela, réussir à empêcher le retour du virus ne lui a pas été possible. Inévitablement, ceci nous amène à conclure que de deux choses l’une : soit notre connaissance du virus était incorrecte, soit l’évolution des facteurs environnementaux ayant un impact sur l’épidémiologie de cet agent pathogène n’a pas été prise en compte.

Pour éradiquer ou même seulement gérer un virus, la connaissance de ses caractéristiques et de son épidémiologie s’avère d’une importance cruciale. Une recherche effectuée sous la supervision du Dr Klaus Depner (de l’institut Friedrich-Loeffler, un institut de recherche fédéral allemand sur la santé animale) a révélé d’intéressants éléments d’information :
 

À PROPOS DU VIRUS LUI-MÊME

On croyait que le virus était très contagieux et provoquait très rapidement une forte mortalité. Maintenant, il est clair que le virus est plutôt résistant. Il persiste dans différentes conditions environnementales et demeure dans les matières organiques. Sa propagation à l’intérieur d’une ferme contaminée est relativement lente et détecter la maladie avant d’apercevoir un taux de mortalité élevé s’avère très difficile.

Les caractéristiques du virus ont fait en sorte qu’un réservoir du virus a pu subsister dans les régions aux prises avec une PPA endémique dans certaines populations de porcs sauvages. Il devenait presque impossible de l’éradiquer de ces endroits.
 

À PROPOS DES FAÇONS DONT LE VIRUS SE PROPAGE

On croyait qu’une population de porcs sauvages était responsable de la propagation du virus. Or il est maintenant clair que la PPA est une maladie induite par l’action humaine, par exemple via le transport de viande transformée contaminée. C’est ce qui explique la propagation rapide de l’agent pathogène partout dans le monde, beaucoup plus rapide que n’aurait pu l’être une propagation par les porcs sauvages.

Les raisons expliquant l’échec des efforts investis à garder le virus de la PPA hors de certaines régions ou certains pays et continents sont donc claires. Avec cette nouvelle information en tête, il nous faut établir de nouveaux objectifs et de nouvelles stratégies pour lutter contre la maladie. Il est improbable que nous puissions compter sur des traitements ou sur la vaccination comme outils fiables dans un futur proche. Il faut rediriger nos efforts vers le contrôle du réservoir du virus dans les populations de porcs sauvages et vers des mesures de prévention pour tenir la PPA à l’écart de la production commerciale.

Plusieurs facteurs venant compliquer la situation ont également été identifiés :
  • La présence d’une population de porcs sauvages touchée par une endémie de PPA
  • La tradition locale concernant la préparation de produits régionaux à base de viande
  • La tradition locale liée à l’élevage artisanal et à l’alimentation animale à base de déchets de cuisine et de table

D’autres facteurs sont en voie d’être solutionnés, mais requièrent des mesures peaufinées, une attention continue et de l’amélioration. Ils incluent :
  • Une éradication et des programmes sanitaires à l’échelle régionale ou nationale
  • L’amélioration des contrôles à la frontière
  • Une meilleure compréhension des symptômes cliniques afin d’arriver à un diagnostic plus rapide

Étant donné que le virus s’est propagé dans des pays n’ayant jamais été en contact avec la PPA, un plan pour trouver une solution liée aux divers facteurs venant compliquer la situation doit être mis en œuvre. Logiquement, tous les pays devraient investir de façon importante dans le diagnostic rapide des troupeaux contaminés et dans l’éradication du virus chez ces derniers. Des investissements et des améliorations pour prévenir une nouvelle infection après la repopulation sont également essentiels. À court terme, pour la production commerciale, toutes les stratégies doivent commencer par mettre l’accent sur la biosécurité. Cette dernière constitue le seul outil sur lequel nous pouvons compter. Aussi, une plus grande attention portée aux détails s’avère essentielle pour les années à venir.

WOUTER DELEY
Vétérinaire senior et responsable de la santé
Hypor

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