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L'application d'un fongicide pour améliorer la qualité du maïs ensilage

Végétal •

Une crise majeure a ébranlé toute l’industrie du maïs dans le sud-ouest de l’Ontario à l’automne 2018 : celle de la vomitoxine (déoxynivalénol ou DON), une mycotoxine aux effets très néfastes sur la santé, la productivité et la rentabilité des élevages.

Le champignon responsable de la production de DON est Gibberella zeae (la phase reproductive de Fusarium graminearum), qui peut aussi se développer sur les céréales à paille. Santé Canada et l’Agence canadienne d’inspection des aliments ont établi des seuils très stricts de vomitoxine dans les grains (souvent inférieurs à 2 ppm) pour éviter que les élevages ne tombent malades.

Cette crise est presque passée inaperçue au Québec, car nous avons été relativement épargnés. Mais en Ontario, son impact économique a été très important; plusieurs voyages de grain ont été refusés et les prix offerts aux producteurs ont été lourdement pénalisés. Elle a engendré de nombreuses discussions et impliqué de multiples acteurs, dont le gouvernement qui a débloqué des fonds pour venir en aide aux producteurs.

Photo 1 Développement de Gibberella sur un épi de maïs. Notez dans les enveloppes de l’épi un trou causé par un insecte à partir duquel le champignon se propage.

Durant l’été 2018, des pluies fréquentes et une humidité élevée pendant la sortie des soies et le remplissage des grains ont résulté en des conditions environnementales favorables au développement de la pourriture des épis par Gibberella et à l’accumulation de DON. La sortie des soies a pourtant eu lieu à une période habituelle, soit entre la fin juillet et la première semaine d’août. Gibberella était visible sur les épis sous forme de moisissure rose à rougeâtre (Photo 1). Le développement de la maladie a aussi été favorisé par des blessures comme des piqûres d’insectes, l’impact de la grêle ou des dommages mécaniques, qui ont ouvert la porte au champignon.

PRATIQUES DE GESTION OPTIMALES CONTRE LE DON

Les maladies fongiques n’arrivent que si trois facteurs existent en même temps : le pathogène, la plante hôte et l’environnement (c’est ce que l’on appelle le triangle des maladies). On ne peut pas contrôler la température et on ne peut prévoir si la maladie va se développer. En revanche, il existe plusieurs moyens de prévention listés par le Réseau d’avertissements phytosanitaires (Bulletin d’information no 33 - Grandes cultures - 19 septembre 2014) :

  • Choisir des hybrides résistants
  • Réduire les blessures dues aux insectes
  • Réduire la période de maturation à l’automne
  • Devancer la récolte s’il y a présence de moisissure
  • Sécher rapidement le grain après la récolte
  • Procéder à une lutte chimique

Bayer Crop Science recommande en outre d’utiliser plusieurs hybrides sur la ferme. L’utilisation d’au moins trois hybrides aide à atténuer le risque d’infection grâce au décalage des dates de levée, de floraison et de maturité. La crise de 2018 a mené la compagnie à comparer les hybrides de maïs entre eux pour distinguer ceux qui sont plus sensibles de ceux qui sont résistants. Une des conclusions de l’étude est qu’aucun hybride n’a été épargné, mais que certains étaient significativement plus sensibles que d’autres. Les agronomes de Bayer Crop Science connaissent à présent le niveau de sensibilité des hybrides à la fusariose de l’épi, au DON et à l’ensemble des maladies foliaires. Ils peuvent aider les producteurs à choisir des hybrides DEKALB™ qui sont bien cotés pour leur tolérance à la fusariose de l’épi et aux maladies foliaires.

EFFICACITÉ DU PROLINE CONTRE LE DON

Le fongicide Proline de Bayer est un des rares produits actuellement sur le marché qui soient homologués pour lutter contre Gibberella chez le maïs. C’est d’ailleurs le fongicide le plus utilisé au Canada pour réduire le DON dans le maïs. La classe de fongicide est à considérer. Selon le professeur de l’université de Guelph Art Schaafsma, les fongicides provenant du groupe des triazoles comme le Proline sont à privilégier, car les fongicides contenant une strobilurine ont démontré dans le cadre de recherches une tendance à augmenter le niveau de toxines lors de leur application durant la pollinisation.

Le moment propice à l’infection de l’épi se situe au stade de la pollinisation. Le stade optimal d’application du fongicide Proline est donc lorsque les soies sont bien visibles, c’est-à-dire 6 à 10 jours après leur apparition (Photo 2). Notez que la sortie des soies débute environ 10 jours après celle des croix. Puisque l’application se fait lorsque le maïs a une certaine hauteur, discutez avec vos conseillers agricoles; ils sauront vous aider quant aux choix qui s’offrent à vous pour l’application.

Une recherche effectuée de 2013 à 2015 par Scott Banks, de l’OMAFRA (Ontario Ministry of Agriculture, Food and Rural Affairs), a permis de constater une diminution moyenne du DON de 57 % avec l’application du fongicide Proline dans le maïs ensilage. Bayer Crop Science a aussi observé une baisse moyenne de 41 % du DON lors de 19 essais menés en 2008 et 2017 dans du maïs-grain.

Photo 2 Il faut appliquer le Proline lorsque les soies sont bien visibles, alors que le maïs a atteint sa taille maximale (les enveloppes ont ici été retirées de l’épi pour bien mettre les soies en évidence).

Un deuxième facteur montrant l’efficacité du fongicide est l’augmentation de la digestibilité de la fibre NDF (dNDF) du maïs ensilage. En effet, lors des essais de l’OMAFRA et de différents essais réalisés au Québec, la dNDF a augmenté de l’ordre de 1 % pour les champs qui avaient été traités aux fongicides. Un niveau plus haut de dNDF permet à la vache d’augmenter sa consommation de matière sèche, ce qui accroît également sa production en lait.

Un troisième facteur sur lequel les fongicides ont une influence est le rendement du maïs ensilage. Toujours selon les recherches de Scott Banks, l’application de fongicides a montré une augmentation du rendement de l’ordre de 4 %. Avec un rendement moyen de 20 tonnes à l’acre, on peut donc s’attendre à une augmentation de 800 kg à l’acre. Celle-ci s’explique principalement par une diminution des maladies foliaires, qui procure au plant une meilleure santé globale.

Les producteurs laitiers du Québec visent un niveau de production de leurs vaches laitières de plus en plus élevé sur leurs fermes. Une application de fongicides dans leurs champs de maïs ensilage fait partie des solutions pour atteindre les performances souhaitées.


VINCENT CHIFFLOT, agr., M. Sc.
Bayer Crop Science

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