Vides sanitaires (Down Time) un élément clé souvent sous-estimé!
Volaille •Une fois un lot de volaille terminé, on parle souvent de nettoyage, de lavage et de désinfection du bâtiment ainsi que des équipements pour s’assurer de commencer le prochain élevage dans un bâtiment propre, exempt de microbes indésirables.

Figure 1 : Traduction de Scott’s Rule of Thumb pour le lavage et la désinfection1
La dernière étape, toute aussi essentielle aux autres, est le vide sanitaire du lieu d’élevage. Un vide sanitaire correspond à la période de temps entre la fin de la dernière étape d’assainissement et la prochaine entrée d’oiseaux. Ce procédé peut s’appliquer à un bâtiment seulement ou, idéalement, à un site entier. L’application du processus à un site est justifiée lorsque le contrôle des maladies présentes est irréalisable par les mesures d’assainissement usuelles. Dans la majorité des cas, un vide par bâtiment est amplement suffisant.
Chaque étape de l’assainissement aura un effet sur le nombre de bactéries, de virus, de parasites ou d’autres organismes présents sur la surface de travail. Par contre, l’obtention d’une surface exempte de microbes est pratiquement impossible. Le but ultime est de diminuer la pression d’infection sur les oiseaux placés par le biais d'une diminution de tous ces germes par les principes d’assainissement cités plus haut, permettant par le fait même aux oiseaux d’y être exposés sans développer de problèmes de santé. La pression d’infection dépend de plusieurs facteurs, dont la densité d’élevage de la région, la densité d’élevage sur le site, la régie d’élevage, l’assainissement des installations, l’âge des oiseaux, la durée du vide sanitaire ainsi que les maladies présentes sur le site.

Tableau 1 : Temps de survie de certains micro-organismes dans un environnement souillé et humide2
Le vide sanitaire est une étape critique dans le processus d’assainissement et pour diminuer la pression d’infection d’un bâtiment. La durée proposée pour une opération optimale est d’un minimum de quatorze jours. En deçà de ce nombre, une diminution du gain et de la viabilité ainsi qu’une augmentation de la conversion alimentaire et des condamnations à l’abattoir sont notables.
Sur une surface lisse et propre, la quantité de bactéries diminue d’un log, ce qui correspond à mille fois moins pour chaque log, chaque six jours pour la bactérie E. coli et chaque douze jours pour le Staphylococcus aureus3.
Dans une publication4 du Poultry Diagnostic and Research Center de l’Université de Georgie aux États-Unis, il a été démontré qu’un vide sanitaire d’un minimum de douze jours permettait de diminuer significativement le développement et la sévérité du syndrome de malabsorption (runting and stunting syndrome (RSS)).
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Concernant la production sans antibiotiques5, le Dr Jeff Courtney, vétérinaire et directeur des Services vétérinaires de Pilgrim, et le Dr Brian Wooming, vétérinaire chez Cargill Turkey Products, sont du même avis concernant l’importance du respect d’un vide sanitaire adéquat (seize jours dans leur cas) pour ce type de production. Ils qualifient d’ailleurs cette étape de cruciale afin d’obtenir de bonnes performances. Selon eux, c’est l’outil le plus puissant disponible pour influencer la microbiologie des bâtiments entre les lots.
Une étude économique6 portant sur la durée des cycles de production par rapport à la durée du vide sanitaire démontre qu’un vide sanitaire de quatorze jours est associé à une diminution de 7,1 % des coûts de production (meilleures performances zootechniques) et à une diminution de 7,7 % des revenus (diminution du nombre de cycles produits par année), le tout en comparaison à un vide de dix jours. Cette étude ne fait pas mention d’une évaluation plus approfondie côté contrôle des maladies, un facteur économique important à évaluer à long terme pour une entreprise. Alors que l’industrie tend à augmenter le nombre de rotations par année, les producteurs seront confrontés à un défi sur le plan sanitaire puisque le nombre de jours du vide s’en trouvera diminué.
Avec les méthodes standards d’assainissement, nous arrivons à une diminution très significative du microbisme présent dans le bâtiment. Les infrastructures fréquemment rencontrées dans le secteur avicole (ex. : matériaux tels que le bois, absence de système de drainage efficace, etc.) font en sorte qu’il est difficile d’obtenir un résultat parfait. C’est alors que le vide sanitaire prend toute son importance. Ainsi, sans aucune autre intervention que de laisser le bâtiment vide, graduellement et progressivement, la charge microbienne diminuera, jour après jour. Il est important de souligner qu’un environnement chaud et sec augmentera l’efficacité du vide sanitaire, alors qu’un milieu froid et humide favorisera la conservation des microbes.
Donc, entamer le nettoyage du bâtiment dès que possible après la sortie des oiseaux permet un meilleur contrôle des maladies en maximisant la durée du vide sanitaire. Chaque jour supplémentaire compte!
Références :
- A Pratical Guide for Managing Risk in Poultry Production, AAAP, 2011
- Diseases of Poultry, Wiley-Blackwell, 13e édition, 2013
- www.foodqualitynews.com, 14 mars 2014
- Runting and Stunting in Broiler Chickens, Guillermo Zavala and Taylor Barbosa, Mai 2006
- WattPoultryUSA, Avril 2016
- Economic issues of broiler production length, Economics of Agriculture 3 / 2014 DRE
MARIE-PIER LABRECQUE
Médecin vétérinaire S.V.A.
Triple-V inc.

